Les gens qui sont riches.
Chacun a sa manière de considérer les gens qui ont de l'argent : par exemple, le très mal vieilli Renaud, un des artistes français les mieux payés (2 millions d'€uros par an environ), entre deux formidables textes ("arrêtez la clope caymal" et "ingrid on pense à toi"), case sa vision des "bobos". Les communistes eux, considèrent que toute personne ayant des sous est forcément "rapace et sans coeur", bonne à dépouiller. Outre Atlantique, la mentalité protestante de nos amis les américains les pousse à considérer que si on a de l'argent, c'est qu'on est intelligent et travailleur. Enfin, il faut noter que la majorité des français sont passionnés d'égalité, et que du coup, ils méprisent (souvent de manière injustifiée et dégueulasse) les gens friqués.
J'en profite pour casser un préjugé historique : au XIXème siècle, les bourgeois deviennent la classe dominante aux dépens de l'aristocratie
pour nous donner aujourd'hui l'image du gros patron qui écrase les masses d'ouvriers misèrables en passant son temps dans l'opulence. En vérité, la bourgeoisie de l'époque s'oppose totalement à l'aristocratie par ses valeurs. Les aristocrates vivent la vie de cour, de la représentation, ne travaillent jamais. Les bourgeois prônent le travail à un point qu'on ose pas imaginer aujourd'hui. Austères, le but de leur vie est de gagner toujours plus pour toujours investir plus, et, evidemment, méprisent le luxe. Et puis il faut aussi rappeller que la bourgeoisie d'alors incarne dans sa majorité les valeurs libérales, individualistes. Ce sont eux qui ont fait les révolutions de 1789 et 1830 contre la monarchie absolutiste, au cas où vous l'ignoriez.
Rien à voir donc avec la bourgeoisie de nos jours, qui est devenue largement aristocrate. Là où j'ai mon mot à dire, c'est que je n'ai ni la vision de Renaud, des communistes, des français, ou des américains à propos des gens qui ont des sous. Depuis un bon bout de temps, je fais la distinction entre riches et bourgeois.
Premier tour d'horizon, pour définir globalement :
Être riche, objectivement, c'est avoir des sous. Dans mon idéal, le riche, c'est le bourgeois du XIXème siècle. Il est riche parce qu'il a bossé, et reste simple, ne cherche pas à se considérer comme appartenant à une classe sociale hermétique de riches en étalant ses sous.
Être bourgeois, c'est avoir des sous aussi. Mais c'est vouloir vivre en tant que tel. Le bourgeois, c'est l'aristocrate du XIXème qui s'enferme dans l'élitisme, dénigre les "pauvres", oriente ses goûts, son comportement, ses attitudes en fonction de son étiquette "j'ai des sous".
Dans la carricature que je fais du bourgeois, je vois une fortune héréditaire transmise de générations en générations, une reproduction sociale (le fils d'ouvrier deviendra ouvrier, le fils de bourge deviendra bourge) très prononcée. Le jeune bourgeois est coupé du monde réel, enfermé en internat d'un quelconque lycée privé élitiste. Il a les même valeurs que ses parents, conservatrices, et ne comprend pas pourquoi tant de gens seraient prêts à l'insulter simplement parce qu'il a de l'argent. Il se force à accumuler bêtement une culture immense pour se distinguer des autres bourgeois (il a déjà le fric, faut trouver autre chose quoi), et ira donc beaucoup au théâtre, à l'Opéra, dans des galleries d'art... Bref, il vit dans la perspective du regard des autres bourgeois et de son propre regard bourgeois qu'il porte sur lui-même.
Le nouveau riche qui veut devenir bourgeois, logiquement, souhaite lui aussi fréquenter les hautes sphères de la société uniquement, adopte les règles immobilistes de la linguistique, de l'attitude, de la politesse bourgeoises et fait de son argent le moyen de paraître bourgeois, le but non avoué de sa richesse. Il l'utilisera pour se payer les attributs les plus élémentaires de l'apparence bourgeoise : hop une porsche, là une énorme baraque/un château, ici des fringues de grande marque... Inutile de préciser que selon moi, c'est violemment ridicule. Plus précisemment, si j'obéis fidèlement à ma vision du monde (sens de la vie), je vois dans tout ce surluxe un inacceptable gâchis. Je refuse de voir qu'il existe des gens qui gachent leur fric dans des choses dont ils n'ont rien à foutre simplement pour paraître bourgeois. Ca me fait gerber, quoi.
Après ma carricature du bourgeois, voici mon idéal du riche : le riche est le produit de la middle class, il s'est montré intelligent et/ou malin et/ou travailleur dans un but tout simple que beaucoup recherchent : ne pas ressentir l'angoisse des fins de mois, vivre sans peur du lendemain. Lui n'est pas devenu riche pour être considéré comme tel. Il a voulu être riche parce que ça lui permet de bouffer autre chose que du leader price, d'avoir des chiottes séparées de la salle de bain, d'avoir un lave-vaisselle, de pouvoir se payer la musique et les films qu'il aime, une bagnole potable... Bref, il ne cherche pas à vivre dans le luxe ostentatoire, mais à vivre confortablement. Et vivre confortablement, ça peut valoir très cher, mais, à la différence de la vie luxueuse, ça ne se voit pas du premier coup d'oeil, ce qui rend bien triste un bourgeois. Le problème après c'est que la majorité des riches sont facilement tentés, lorsqu'ils ont tout ce fric entre les mains, de l'utiliser. Et ça donne ce que j'ai décrit plus haut, la porsche, la grosse baraque, les fringues de bourge, bref, la panoplie du mec-qui-a-du-fric. Mais il y en a qui ne succombent pas à cette tentation, qui savent que c'est ridicule. Et ce fric, ils savent comment l'utiliser : il permet de réaliser ses rêves, ses passions. Le passionné de voitures se paye une porsche, le passionné de ciné se fait creuser un home cinema, le passionné de musique se paye le dernier ipod 300go, le fan de johnny va payer les 249€ nécessaires (véridique) pour aller voir son idole en live. Ca n'a rien de mégalo. Ca l'est lorsque le bourgeois multiplie, selon ma vision des choses, de fausses passions => d'où la différence entre se payer la porsche parce qu'on est passionné de bagnoles et devenir "étrangement passionné" de bagnoles à partir du moment où on se paye la porsche.
Alors, forcément, c'est très idéaliste, inapplicable, mais je peux donc proposer le système qui sera sans doute appliqué lorsque je serai élu aux prochaines élections terriennes : suppression de toute notion d'impôt sur la fortune proportionnel à la richesse, mais en revanche la création d'un "plafond de décence". Parce qu'il y a un moment où on a tellement de fric qu'on ne sait vraiment plus quoi en faire une fois qu'on a raisonnablement réalisé ses passions. Après, ça devient de la mégalomanie, du gâchis douteux. Chais pas, mais moi, quand j'aurai mon accordéon, mon costume de tétris et mon otarie (surtout l'otarie en fait), jvois pas trop ce que je pourrai en faire, dmes sous. Dans mon idéal, il faudrait qu'il y ait un genre d'inspection, d'enquête qui limite la mégalomanie.
Ma passion pour la méritocratie (ceux qui méritent, par le travail ou autres, d'avoir des sous, les auront) fait que j'irais même jusqu'à supprimer tous les facteurs qui peuvent provoquer une reproduction sociale, quitte à séparer les enfants de leurs parents pour leur jeunesse, voire de supprimmer l'héritage. Être, devenir riche, ok! mais que ce soit mérité, voulu. D'ailleurs, ce qui m'a poussé à écrire cet article, c'est d'avoir réalisé que les ambitions de mon entourage familial dépassaient encore plus ce que je craignais, j'ai vu et je vois (je patauge, même !) un monde bourgeois affreusement laid dont je souhaite ne jamais faire partie. Je connais mes ambitions, j'ai la chance d'être lucide sur ce point là ; je ne me ferai pas avoir.





















