Être gentil.
Je suis quelqu'un de très gentil. Oui oui, absolument, je suis gentil, même si de fait les adjectifs que j'entends quand je sonde ma cote de popularité sont plutôt "gay", "facho", "déchet", "violeur", "pédant", "bourge", "égoïste", et aussi bien entendu "méchant".
Si j'affirme ma gentillesse, bizarrement, ça veut dire que je m'identifie vraiment pas à cette tendance super très rock n roll qui consiste à penser qu'être méchant, ça fait cool, et qu'être gentil, ça fait victime. Il suffit de cotoyer des êtres humains pendant environ pas longtemps du tout pour s'apperçevoir à quel point défoncer gratuitement quelqu'un, de préférence de dos, ça crée une solidarité entre moquateurs qui fait qu'on a l'air cool et
qu'on peut donc être potes et boire du panaché.
Mais si je suis si gentil, c'est pas seulement en opposition à ces gens que j'aime pas. On pourrait croire que je le suis par ce calcul souvent inconscient que font la plupart des gens qui sont gentils, à savoir considérer qu'il y a un mécanisme naturel ma foi plutôt bien foutu qui fait que les gens méchants se retrouvent vite tout seuls, et quc'est bien fait pour eux. Exception à ce mécanisme, la fille à gros nibards (tiens au fait ils vont sortir un nouvel album après 7 ans d'absence) qui est réputée pour sa gorge profonde et qui peut, elle, se permettre d'être méchante sans être exclue du cercle des gens qui rigolent bien ensemble.
Autre défaut : ce mécanisme n'est vraiment pas forcément réciproque. Si en général un gens méchant se retrouve vite seul, un gens gentil n'est lui pas obligatoirement apprécié et intégré par les autres gens. Pour donner un exemple, j'ai pas à chercher bien loin, vu que je suis dans ce cas.
Vu que j'ai fait ma profession de foi et que donc j'ai bouffé du paincarton, on pourrait alors croire que si je suis si gentil, c'est parce que j'ai trouvé Jésus et que je kiffe être un martyr flagellé. Ben bof aussi hein, autant dire que je suis plutôt très pas s
ensible du tout à la morale catho.
En fait, c'est un calcul plutôt "économique", vu que c'est un calcul coût/avantage. Être gentil, très souvent, ça coûte rien, ou alors très peu. Et pourtant ça change la vie putain. Jme suis rendu compte à quel point en vivant d'abord à Beauvais, ville picarde rythmée par une lutte des classes assez marquée, puis à Paris, où le bilan sur le taux d'agréabléité des gens est plutôt connu, et enfin à Lille. C'est vraiment pas faux ce cliché évoqué dans le blockbuster français qu'est Bienvenue chez les ch'tis, comme quoi dans le Nord les gens sont chaleureux, agréables, accueillants bref, gentils. C'est vraiment pas grand chose, c'est une attitude générale qui crée un contexte super agréable à vivre, comme par exemple à l'inverse quelques wechsàbrûler suffisent pour instaurer un contexte d'insécurité et de méfiance vraiment ultra chiant.
Concrètement, ces petits trucs qui au final amènent à ce supercontexte ne coûtent donc vraiment pas beaucoup. Pour illustrer : quand quelqu'un demande qu'on lui passe le sel, on va pas exiger qu'il le fasse pour une pièce de 2 centimes.
Bon, du coup, c'est clair, pour moi être gentil c'est pas faire tout plein de khados à tout le monde. C'est simplement adopter ces petits gestes de bonne volonté qui ne coûtent rien et au final ont un impact globalement positif. En tant qu'individualiste assumé, jpense que dans cette logique coût/avantage, la gentillesse qui est la plus efficace pour vivre mieux, c'est celle qui coûte rien, et pas la générosité-charité qui consiste à
envoyer un texto pour les mourus & les sans-chaussures de la wave au Sri Lanka. Être trop gentil, au point de devenir généreux, oui, là c'est être une victime. Parce que par définition, le monde est méchant, et il sera sans pitié avec le gentil. Être gentil est un luxe dans le monde moisi où on évolue. Autant le faire seulement quand on prend pas le risque de se faire enculer, c'est à dire être gentil uniquement dans le sens "agréable" (et non forcément "poli").
Petit truc à préciser : être gentil, c'est pas être faux cul (ou un légume sans esprit critique) pour pas froisser. Jsuis personnellement très attaché à l'idée qu'être franc c'est cool. Tout le monde est il me semble à peu près d'accord avec ça. La franchise est même une valeur-phare pour certains groupes de gens, comme les hardcoreux. Il suffit d'être un minimum ouvert à la critique quoi, merde, c'est aussi ça être gentil.
Y'a un problème aussi, c'est que beaucoup de gens pas gentils confondent souvent franchise et méchanceté gratuite. Du coup à cause de ces enculés de merde, y'a plein de gens trop gentils qui sont blessés pour rien. J'insiste vraiment sur le pour rien. Parce qu'être régulièrement blessé, dans la vie, c'est vital : ça sert à tirer des leçons, en particulier la principale qui dit qu'il faut être fort dans la vie, et non un gotho-emo-romantique dont l'âme souffre tellement dans les ténèbres du coeur qu'il faudrait s'attarder dessus tellement c'est beau.
Blessé pour rien, vraiment, parce que c'est tout plein de sentiments négatifs et improductifs qui débarquent alors quc'est pas la peine. Bref, du gâchis. Et en tant qu'apprenti écolo, jtrouve particulièrement que le gâchis saymal.
Je prône donc la gentillesse. Mais seulement à l'échelle de la vie de tous les jours, du quotidien, du rapport direct et concret entre les gens. Parce qu'au niveau des idées, par exemple à propos de la politique, là on peut, on doit même, être "méchant". Avoir des idées, une opinion, c'est aussi savoir se défendre vigoureusement de la critique, ça doit s'affirmer et s'assumer. C'est pas balbutier un yaourt avec des vrais morceaux de François Bayrou dedans.
Alors oui, du coup, quand jpropose de mettre les "jeunes de banlieue" -qui, rappel, ne sont pas gentils- dans des fours très chauds, on me dit "Rhooooo t'es pas très gentil". Je sais bien qu'avec Xavier Bertrand, on assiste à l'avènement de la politique gentille, mais n'empêche, j'y tiens moi, à la liberté de dire de la merde. Il suffit ensuite simplement d'avoir la gentillesse -et non la politesse- d'être ouvert et d'écouter, et donc ne pas bouder rageusement l'ennemi politique.






















































































































