Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

rebut

Publicité
rebut
Derniers commentaires
9 septembre 2016

Triple choc.

PBF255-Different

Publicité
29 août 2016

Autre chose.

16 août 2016

C'est encore mieux irl.

6 juin 2016

Son juin 2016.

 

hodor

 

DOWNLOAD

[Rire & Chanson] - 01 - Squallor - Bla bla bla (je t'aime...)

[Rock progressif] - 02 - Emerson Lake & Palmer - The Sheriff

[Math Metal] - 03 - Meshuggah - Obzen

[Post Metal] - 04 - A Storm of Light - Tempest

[Braindance] - 05 - Aphex Twin - Oberheim blacet1b

[Shoegaze] - 06 - Winter - Someone Like You

[Shoegaze] - 07 - Pinkshinyultrablast - Glow Vastly

[Metal] - 08 - Blind Idiot God - Thunderhead

[Atmosphérique] - 09 - *hitmayng - Three

[Doom Jazz] - 10 - Bohren & Der Club of Gore - Fahr zur Hölle

[Rire & Chanson] - 11 - Starmania - On arrive en ville

[Dreampop/Shoegaze] - 12 - Jade TV - Leave

[Atmosphérique] - 13 - Fripp & Eno - Swastika Girls

[Atmosphérique] - 14 - Boris - Flood II

[Folk] - 15 - Jim O'Rourke - 94 The Long Way

[Bossa nova] - 16 - Astrud Gilberto - Beginnings

[Romantique] - 17 - Anton Bruckner - Symphony 4 'Romantic'  II . Andante quasi Allegretto

 

 

 

 

 

 

4 juin 2016

Derpderpderp.

Publicité
5 mai 2016

Son mai 2016.

cover

 

DOWNLOAD

[Rock/Noise] - 01 - Girl Band - Why They Hide Their Bodies Under My Garage

[Rock] - 02 - The horrors - count in fives

[John Zorn] - 03 - John Zorn - Hellfire 

[Doo Wop] - 04 - The Schoolboys - Pearl

[Techno] - 05 - Ryan davis - Roads

[80's] - 06 - Carpenter Brut - Meet Matt Stryker

[Post Hardcore] - 07 - A  storm of light - Iron heart

[Stoner] - 08 - Agoraphobic nosebleed - Not a daughter

[Black/Hardcore moderne] - 09 - This Gift is a Curse - Rites

[Expérimental/Atmosphérique] - 10 - Natural Snow Buildings - The storm of resurrection

[Dub] - 11 - Panda Dub - Milky Way

[Post Rock] - 12 - I'm Not A Gun - Cold Dreams

[Post Rock] - 13 - Sigur Ros - Fjögur píanó

[Philippe Katerine] - 14 - Philippe Katerine - Parivélib'

[Screamo] - 15 - Kidcrash - Slow Applause

[Pop] - 16 - Christie - Yellow River - 1970

[Moderne] - 17 - Hugo Alfven - Symphony No.2 in D major,Op.11-Fuga-Allegro energico

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 avril 2016

Herp derp.

16 avril 2016

Regarder des séries.

 séries 

L'humanité poursuit son exponentiel progrès. Sur la dernière dizaine d'années, les experts en séries se sont encore plus multiplié que les DJ autoproclamés. Maintenant qu'on regarde les séries par choix et non par défaut (=c'est ce qui passe à la télé à cette heure de la journée/soirée), elles méritent d'intarissables discussions et débats. Il y a peu, la série était encore considérée comme un format ingrat, alimentaire et rarement précieux, alors que demain on nous promet que ce format va bientôt supplanter le film tellement il est adapté à notre époque et à la réduction de notre capacité de concentration.

Aujourd'hui, on s'amuse sans s'inquiéter de la tendance collective à la plongée boulimique dans un des refuges à conscience des plus pratiques de notre formidable époque postmoderne. Depuis qu'il est devenu presque normal de passer sa vie devant un ou plusieurs écrans, l'enfilage de séries est largement entré dans les moeurs. Chacun est désormais libre de s'enfermer régulièrement la gueule quelques heures dans un quasi-infini catalogue d'épisodes dont on aura forcément envie de voir le suivant. Qu'importe que ça se fasse au détriment du quota d'heures de sommeil ou que ça concourre au teint pâle ; il est bien trop important de connaître la suite pour se restreindre à un seul épisode.

 

 

 

LE CHARME DE LA SOCIETÉ DU CANAPÉ-SPECTACLE


inspecteurg5Personne n'est coupable. Aucun complice ne travaille dans l'ombre à cette nouvelle étape du vaste plan d'auto-asservissement de l'homme précédant à sa phase d'auto-destruction. C'est plus simplement la faute à la diversité du stock sans cesse renouvelé d'opportunités d'absorption de multimedia d'hier et d'aujoud'hui. Dès qu'on prend conscience qu'un ordinateur connecté au world wide web permet d'avoir accès au patrimoine récent de l'humanité, notre curiosité naturelle pour les objets de divertissement et de culture invite à profiter de cette chance, surtout si ça ne coûte rien.

Quand on calcule le nombre de films que l'on peut espérer voir dans sa vie, on se met à la trouver tristement courte. Exactement de la même manière qu'il est bien trop dommage de se priver du produit des milliers de réalisateurs véritablement inspirés et à peu près libres de faire ce qu'ils veulent, qu'il est trop douloureux de continuer à ignorer sans le savoir les millions de musiciens géniaux qui ont décidé un jour d'enregistrer quelque chose, il serait suicidaire de ne pas voir les milliards d'épisodes de toutes ces séries destinées à colmater les trous de notre emploi du temps. Au moins, avec les séries, on sait quand on a complété la collec' ; saisons par saisons, on arrive enfin à la fin, en étant sûr de n'avoir rien loupé.

MEGAVIDEO-Je-le-regarde

Peu importe que ce soit légal ou non, payant ou non ; le fait est que la bibliothèque vidéo de l'humanité est disponible sur commande, souvent presque dans l'instant en utilisant un ordinateur. Ou une télécommande, peu importe. Je n'utilise pas la télé donc je sais pas trop comment ça marche, mais j'imagine que plein de chaînes diffusent plein de séries, et que quand on n'est pas occupé à en regarder on peut toujours programmer leur enregistrement. Le must reste le fidèle laptop, gentille fenêtre portative qui permet à tout moment d'importer des univers entiers via streaming, depuis son canapé, jusque dans son lit.

series kim dotcom

Il suffit de se rappeler de la quasi fin de tout qu'a été pour beaucoup la fermeture de Megavideo/Megaupload des suites de l'éviction de Kim Dotcom du marché mondial du streaming pour comprendre en quoi parsemer son existence de visionnage de séries rend à beaucoup l'existence supportable. Et si on peine à trouver gratuitement les perles rares qui nous manquent, y'a encore les webséries, ces séries amateurs disponibles sans aucune complication ou attente, grâce à youtube. Le puits est sans fond ; une fois prise l'habitude que quand on ne sait pas quoi faire, il suffit de lancer des images pour se retrouver agréablement à plus tard dans la journée, on se rend compte qu'on peut s'ouvrir à tout, même sans passion. Il y a, et il y aura toujours trop d'images à regarder pour une seule vie. Alors vu comment il fait mauvais dehors, plus le temps passe, plus il apparaît toujours plus attrayant et acceptable de consacrer une large part de sa vie extra-professionnelle à rendre honneur aux bonnes âmes qui ont rendu possible la projection quotidienne de ces si charmants spectacles.

 

MAIS QU'EST-CE QUE TU VEUX DIRE PAR "JE NE REGARDE PAS FRIENDS" ?

sériiiii

Si certains n'embrassent pas ce bon sens éclatant d'évidence, s'ils renoncent à partir à la conquête de Breaking Bad & co, c'est bien évidemment par contrainte. Le monde est toujours divisé entre ceux qui regardent plein de séries et ceux qui n'ont pas le temps de regarder des séries. Ceux qui n'ont pas le temps de regarder des séries sont les gens déjà trop occupés à assumer leur part de productivité dans l'économie ou ceux qui ont décidé de faire des activités extra-professionnelles plus actives.

Le facteur temps est la condition promordiale pour se permettre de regarder des séries. Comme n'importe quel hobby, celui-ci est par nature voué à prendre du temps dès lors qu'il s'agit d'une activité régulière. Il faut passer beaucoup de temps à s'exercer avec son instrument de musique si on veut un jour avoir la chance de jouer à la fête de la musique. Il faut passer ses weekends à peindre si on veut espérer produire des croûtes montrables. Il faut passer pas mal de temps à faire du sport toutes les semaines pour être montrable en maillot de bain, et accessoirement être bien dans son corps jusqu'à ses 70 ans. Il faut passer beaucoup de temps à jouer à un jeu pour en percer les secrets et devenir maître pokémon. Et, donc bien sûr il faut passer vraiment beaucoup de temps à regarder des séries pour euh... Ben pour pouvoir discuter séries avec ceux qui les regardent, et c'est tout je crois.

 

series - tellement social quon peut rien pas savoir avant vu

Comme toute activité sociale appréciée par un nombre conséquent de gens, la série est devenue un objet de conversations qui excluent de fait ceux qui ne l'ont pas (encore) vue. Les réseaux sociaux se recouvrent de gifs qui recyclent de mémorables bouts de charisme, façon pour tout à chacun de s'adresser des répliques imaginaires pour appuyer la crucialité de l'épisode de vie décrit. Vu la place que les séries prennent dans l'esprit des gens (car proportionnel au temps qui leur est accordé), il est clair qu'avoir un certain nombre de références à l'esprit constitue l'une des innombrables clés de la survie sociale.

C'est pas nouveau, on a besoin d'avoir des choses en commun pour se sentir appartenant à la même espèce que son congénère, surtout qu'un drapeau et une chansonnette ça suffit clairement pas. Notre civilisation passe son temps à regarder ensemble des trucs ; et dans la société où une limite se trace entre des individus tout aussi uniques que les téléphones sont personnalisés, c'est regarder les mêmes trucs qui fait qu'on peut commencer à se sentir proche d'autrui.

 

125

 

 

UNE SERIE N'EST PAS UN LONG FILM COUPÉ  EN MORCEAUX

Il n'y a que quelqu'un comme quoi qui ne regarde pas vraiment de séries qui peut se permettre ainsi d'en parler comme d'un bloc homogène. Hormis quelques codes partagés, la diversité est une des seules règles en vigueur sur la planète série. Pas seulement pour ce qui est des thématiques traitées, mais aussi pour ce qui concerne le format. Non, les séries ce n'est pas que ces intolérables sitcoms et feuilletons télévisés intégralement nuls à chier. Episodes indépendants les uns des autres, ou trame linéaire, ou les deux, truc volontairement léger ou truc très ambitieux, épisodes de plus d'une heure ou de 20 minutes... Comme pour tout et notamment les films, il y a de tout dans les séries et il suffit de faire son petit marché et d'être éclairé par les bonnes adresses pour que tout le monde soit au final conquis et content.

Il n'empêche ; le format série comporte de très réccurents péchés originels davantage tolérés que dans le format film. Les cinéphiles remarquent que de plus en plus de films se permettent de reprendre le format décousu, la suite d'évènements sans lien qui affectent les différents protagonistes en jeu. De rajouter plein de trucs dont c'est évident qu'on en a pas grand chose à foutre, à moins de devenir spécialiste. Les films en plusieurs épisodes avec des pseudo dénouements à la fin tendent tout particulièrement à alimenter ce phénomène de production de remplissage et de confection d'agréments indépendants de tout développement réel de message, d'idée, de sentiment ou de trame.

Buffy-the-Vampire-Slayer-Wallpaper--e1373826300154-740x431

La différence de format entre film et série ne tient pas qu'à la seule durée totale de projection. J'ai accepté de regarder au moins un peu certaines des séries qui sont censées être les meilleures de l'univers, et pour l'instant, jamais une dizaine, ou même une cinquantaine d'heures de série n'a réussi à me remuer l'intérieur comme ont su le faire avec brio ces quelques grands films qui, pourtant, dépassent rarement les 2h. Certains évoquent la puissante catharsis ressentie lorsque l'on termine le dernier épisode de la dernière saison. M'est avis que c'est surtout lié à la plus simple satisfaction d'être arrivé à la fin de quelque chose de long et qui a demandé beaucoup d'étapes. Il y a aussi de la catharsis chez celui qui aime construire des lignes de dominos qui tombent. Un film qui fait passer des choses nouvelles dans l'esprit des gens, qui éveille à certaines vérités, qui émeut à coup d'images magnifiques et de grands dits ou non-dits n'a jamais eu besoin de durer aussi longtemps pour convaincre.

 

séries

Je ne vois pas pourquoi l'intérêt d'une série ne peut soit-disant se révéler au grand jour qu'à l'issue des 54 premières saisons, soit environ 8746475 heures après avoir pris la décision de se lancer dans l'aventure. Et en plus, après, faut rappeler qu'il est recommandé de revoir la série en entier pour bien comprendre tous les détails et subtilités disséminées dont on ne peut prendre conscience sans avoir obtenu le droit d'avoir un regard global sur l'ensemble des épisodes de la série. Bon, il va falloir m'expliquer cette illusion d'optique et me filer les bonnes références, parce que je constate que même après leur avoir consacré des dizaines d'heures, les très bonnes séries n'atteignent pas la puissance de nombre de films qui entrent dans l'imaginaire collectif pour des raisons valables et non simplement parce qu'on a passé beaucoup de temps avec.

Pourquoi ? Vraisemblablement parce que même si l'époque nous conditionne de plus au plus au zapping et au flux d'information constant, il y a encore une majorité de gens qui préfèrent se faire raconter une histoire complète qui signifie des choses plutôt que de se faire narrer le récit des différentes péripéties qui arrivent successivement à des gens. Et ce, même si les péripéties et les gens en question sont par nature extraordinaires ou intéressantes. Le problème, c'est que malgré ce bon sens naturel qui fera toujours préférer aux gens une bonne histoire à la chaîne d'info en continu, très peu de gens parviennent à resister aux toujours très fourbes mécanismes de la suite au prochain épisode.

superjail_424_1680

Je suis d'accord avec les bouffeurs de séries ; c'est confortable, on sait ce qu'on va regarder le soir. On sait où on en est tout en se laissant promener. Même avec un truc parfois un peu pourrave, on aura quand même souvent envie de voir un ou deux autres épisodes pour connaître la suite. Et après, encore un dernier (quand même pour être sûr), et puis après tout allez on n'est pas si loin de la fin, et on sait pas trop quoi regarder d'autre, alors on va terminer cette saison à force de pas savoir quoi regarder d'autre.

Parce que oui, l'édification d'une série est assez obligatoirement pensée de façon à donner au spectateur l'envie de voir la suite. Par essence, le format série privilégie forcément la quantité à la pertinence, en comparaison du film qui, lui, doit parvenir à tout faire rentrer dans un format restreint, si besoin en évinçant certains passages qui deviendront des scènes coupées.

 

11161364_10204333638489404_5072747615229803783_n

Dans le cas de la série, susciter l'envie de connaître la suite est clairement prioritaire sur la sélection du strict pertinent. Tout simplement parce que sans ça, personne n'aurait envie de s'engager dans le matage d'un truc qui dure une cinquantaine d'heures, alors qu'un film d'une heure est demie paraît bien plus raisonnable. Les longueurs sont tolérées, sauf en fin d'épisode. Pour éviter de perdre le téléspectateur en cours de route, tout est agencé de façon à permettre au mangeur de séries de ne jamais trouver le temps long pendant l'épisode (si besoin en faisant niquer les gens qui discutent). Mais la fin de l'épisode doit être amenée de façon à ce que le spectateur ne puisse jamais se dire qu'après tout il est envisageable de s'arrêter là, à la fin de cet épisode quand bien même il y a la suite qui attend après. Tant que ces deux paramètres de conception sont respectés, il importe peu que la qualité soit inégale. On pourra toujours insérer plein de petites histoirettes qui ne mènent pas à grand chose, mais qui relèvent l'attention et sont parfois tout à fait fort chouettes.

south-park-youre-getting-old

Honnêtement, merde, c'est assez facile de distinguer ce qui participe effectivement à la progression d'un recit de ce qui ne fait que l'agrémenter. Très peu de séries parviennent à surmonter cette sensation d'assister à du remplissage et de l'étirement de longueurs. Ajouter, complexifier, digresser, rallonger, greffer, préciser, c'est pas si dur que ça, et ça vaut le coup ; toute nouvelle problématique ajoutée en cours de route à l'enchevêtrement pré-existant de destinées ne fait que renforcer cet irrépressible besoin de connaître la suite, puisque non pas un mais maintenant plusieurs récits devront un jour trouver leur conclusion. Dans certains cas, il paraît qu'il faut patienter des années (si besoin en se repassant les épisodes déjà vus) en attendant de découvrir cette conclusion.D'où le choix stratégique, m'est avis, de se lancer exclusivement dans des séries achevées pour ne pas vivre dans l'attente et la spéculation scénaristique et en conséquence risquer de mourir dans la frustration.

 

RIEN DE PLUS RÉCONFORTANT QUE DE PASSER UN MOMENT AVEC SES EXTRAORDINAIRES AMIS IMAGINAIRES

Friends-season-10-014

Le format série est censé permettre de laisser aux personnages l'espace de se transformer au gré des évènements et d'évoluer en fonction des interactions avec les autres protagonistes. De près ou de loin, chaque personnage peut apporter sa pierre au déroulement de la trame commune, au gré des fluctuations de son moi intérieur et des circonstances qu'il parvient à aménager autour de lui. Sauf que l'approfondissement du destin d'un personnage, la multiplication des scènes permettant de repérer du background ou des ambiguités sont souvent un prétexte pour encore rajouter du plutôt dispensable bien que très plaisant contenu.

Sont rarement incontournables les nuances d'évolution de psychologie qui n'existent que dans la tête de l'auteur et des fans qui essayent d'anticiper la suite de l'histoire comme on ferait du comérage sur l'histoire de cul de chépaqui. On se retrouve parfois contraint et forcé d'absorber des bouts de fiction tout aussi peu cruciaux que ce qu'on peut lire chaque semaine dans les magazines pipoles qui parviennent je ne saurai jamais comment à faire des pages et des pages sur le quotidien privé apparent de gens dont on a théoriquement rien à foutre.

 

game-of-thrones-dad-names-top

 

On touche ici à un autre mécanisme addictif de la série ; à force de passer du temps avec tous ces personnages, on s'y attache (surtout s'ils en valent la peine). On aime se dire qu'on les connait depuis des années, qu'on les a vu traverser des épreuves, grandir, vieillir, rire et pleurer, perdre des membres... Il y a bientôt vingt ans, on a vu Cartman se faire mettre une sonde anale, et depuis il lui est arrivé plein de trucs comme adopter un éthiopien famélique, s'inscrire à la NAMBLA, participer aux jeux olympiques spéciaux, aller à la Casa Bonita ou enfin découvrir l'identité de son père.

C'est d'ailleurs un exactement pour ça qu'on est invité à suivre l'évolution du coeur du participant d'une émission de télé-réalité (car la télé-réalité relève de la falsification et par extension de la fiction) : sortir de son lit le matin pour ne trouver que d'insolubles problèmes n'est plus le privilège des rois et princes des tragédies classiques. Que ce soit dans un enchanteur univers fictif ou dans un contexte correspondant à peu près à la réalité connue, l'idée s'est répandue que chaque vie de quelqu'un d'autre que soi mérite que l'on se penche longuement dessus pour en révéler l'obligatoire mélodrame qui l'anime. Preuves en sont les quantités de larmes et le nombre moyen de clashs hebdomadaires que l'on voit à koh-lanta ; une vie tranquille sans rien de spécial ne vend pas. La série et la télé réalité rappellent qu'à part la nôtre, une existence chiante ne sauraît être envisagée dans un monde aussi divertissant que le nôtre.

tumblr_mzil7rpNHk1siq18no1_1280

Ce qui nous arrive dans la vie n'est jamais aussi bien que ce qui se passe dans l'écran, parce que ce sont les gens réels, contrefaits ou fictifs à qui il arrive des choses qui font que ces choses deviennent intéressantes. Soap opera, periscope ou twitter, même combat. Le format de la sitcom propose en ce sens d'idéales familles de substitution : tout le monde est charismatique et drôle, leurs défauts sont charmants.

Grâce à grâce à leur jeu d'acteur qui déclenche notre empathie naturelle, on se rend compte à leurs côtés qu'il leur arrive toujours des trucs qu'on arrive à trouver intéressants ou sympathiques. Et quand ils s'engueulent, c'est jamais trop grave puisqu'il faudra que tout le monde soit suffisamment content à la fin de l'épisode. Les gens dans les séries, au moins, ils arrivent toujours à avoir des trucs à se dire. C'est un flux d'évènements et de répliques là où normalement on se contenterait, comme dans n'importe quel film d'auteur, de mettre silencieusement le tupper au micro-ondes et de regarder dans le vide en attendant que ce soit chaud. Ca n'a peut-être rien d'extraordinaire, mais c'est sympa et ça passe à la télé.

 

UN FILM, C'EST TROP LONG

article_prisonnier

L'histoire du format série va de pair avec l'histoire de la télé comme media de masse. Même avant l'apparition de la télé, la construction en épisodes existait bien évidemment à la radio... Mais le pouvoir immersif des images qui bougent n'était pas encore là. L'apparition des séries télé survient très logiquement en même temps que la démocratisation de la télé. Le nouvel objet phare du salon disposait alors d'un public insuffisamment fidélisé, qu'il importait de dresser pour s'assurer qu'il y ait bien quelqu'un devant l'écran au moment des pubs. La tendance s'est prolongée jusqu'à ce qu'il soit acquis pour les cinéphiles hautains qui ont les moyens d'aller dix fois par semaine au cinéma que, sauf exception, les séries étaient surtout des soap opera pour la femme au foyer qui étend son linge, ou des sitcoms chargées d'éduquer les gens de manière ludique quant aux normes, valeurs et comportements en vigueur.

 

Returnofcallisto_02

La révolution s'amorce avec la multiplication des chaînes câblées puis explose avec la diffusion d'internet et plus précisément du streaming. A partir de là, on se met à parler de séries non pas pour juger si elles sont sympathiques et donc sauvables ou juste médiocres et donc objets de mépris, mais bien parce que regarder des séries est devenu une discipline, une activité à part entière qui correspond à des très concrètes cases dans l'emploi du temps. La réduction du temps de travail, ça sert pas qu'à faire du jardinage ou du bricolage ; ça sert aussi à regarder des séries, parce qu'il y en a plein qui sont très bien, voire géniales, d'autres où on apprend plein de choses cool, etc.

Ce qui est complètement insupportable avec la télévision, c'est qu'on ne choisit pas ce qu'on regarde. De ce point de vue, la série permet certes de choisir ce qu'on regarde, mais elle a surtout l'avantage d'exonérer d'un temps de recherche parfois conséquent pour choisir quoi regarder pour s'occuper. Quand j'en ai marre de chercher de nouveaux bons films sans vraiment trouver, j'accepte de temps à autres de céder à la tentation de la série ; c'est facile de mettre la main dessus, et une fois récupérée, on est tranquille, on sait quoi regarder pour un moment. Le quotidien s'en trouve forcément amélioré, parce qu'on sait qu'au moins après le boulot on connaîtra enfin la suite (ou on retrouvera ses personnages favoris, selon le cas).

 

1993-cliffhanger-poster5

En plus de la diversité et de la profusion disponible sur le marché, il faut dire que le format série est sacrément adapté au monde d'aujourd'hui. Maintenant que les gens se sont par la pratique rendus compte que passer sa vie devant des écrans ça fait pas si mal que ça aux yeux, se poser devant un ou deux épisodes d'une série est devenu une activité tout à fait conviviale qui permet notamment de se passer de l'effort nécessaire à alimenter une conversation exemplaire car exempte de blancs. En acceptant de s'asseoir pour regarder un épisode, l'homme de passage ne s'engage pas à de plus vastes plans que s'il avait décidé de prendre un café, en particulier s'il s'agit d'une série d'épisodes indépendants et/ou ne pratiquant pas le cliffhanger ("à suivre").

Le format est encore plus pertinent pour les moments de solitude ou ceux qui ont l'angoisse des dîners dans le silence : pour celles et ceux qui ne trouvent pas satisfaisant de se contenter de juste manger lorsqu'ils mangent, l'épisode de 20-30 minutes laisse amplement le temps nécessaire à l'ingestion de ses nutriments vespéraux. Avoir une série sous la main est un puissant allié lorsque l'on cherche la motivation d'éplucher des légumes ou d'étirer ses jambes. Pour le plateau repas, l'épisode est bien plus pratique à consommer que le film. Etant moi-même un gros consommateur de films (et qui consomment souvent ses aliments devant), je précise qu'il n'y a rien de péjoratif dans le choix du mot "consommer", c'est bien ce qu'on fait : quand le moteur de l'addiction ou tout simplement du plaisir n'est pas l'envie de connaître la suite, c'est très certainement l'envie d'en voir un autre, d'en avoir encore, de s'octroyer davantage de temps de divertissement. C'est déjà un peu moins dangereux question gestion du temps libre.

 

SNOOP DOG "C'EST INTERESSANT DE REGARDER GAME OF THRONES, CA PERMET DE VOIR COMMENT LES GENS VIVAIENT AVANT"

640_snoop_467066550

 

Contrairement au film (sauf format de type 4/5h), dans la série, il y a de l'espace. On peut se permettre d'y construire d'immenses trames et de développer tout un fatras de détails. A première vue, la série peut être un excellent format pour raconter plein de trucs qui prennent habituellement trop de place ; l'histoire d'une génération, la compréhension de trajectoires sociales, des intrigues si denses qu'elles ne peuvent d'ordinaire exister que sous la forme de bouquins pour être explicites. La série permet au raconteur de disposer de suffisamment de pellicule pour présenter vraiment des vrais personnages de façon à permettre aux choses de vraiment se passer et pas juste d'arriver d'on ne sait où.

 

1411807656583

On a donc plus de matière et d'information pour que tout paraisse plus vrai, facteur essentiel dans l'objectif d'accroître la sensation d'immersion. La durée cumulée toujours conséquente d'une série concourt très naturellement à cette sensation. Passer des heures aux côtés de gens d'une autre époque, ou qui exercent une profession exotique, qui appartiennent à une autre classe sociale ou carrément à une autre dimension procure le plaisir de s'offrir des aides pour se projeter dans une autre situation totalement autre que la sienne.

L'immersion dans un livre est une chose qui arrive, mais comme notre imagination est de moins en moins stimulée, faut avouer qu'on se sent quand même plus facilement immergé avec des images et du son. C'est beaucoup plus facile (mais pas forcément le mal) de recevoir son certificat de tolkienophilie quand on commence sa formation par les films plutôt que par la grammaire elfique. Et si certains se décident un jour à devenir un vrai Jedi pour de vrai, c'est qu'ils ont pu observer sur la longueur d'une saga et de spin offs en quoi le côté obscur finit toujours par perdre. S'enfermer de temps à autres (ou même régulièrement) dans des vies et des univers qui ne sont pas les siens est et sera toujours un plaisir et peut-être même une nécessité. Il faut dire que le rêve est une pratique plus que millénaire.

 

drawn togetherSi la série excelle sur le plan de l'immersion du consommateur, si c'est bien le niveau d'immersion offert par ce format qui justifie que l'on puisse y consacrer des dizaines d'heures et une part de notre vie sociale, alors je me permets de rappeler qu'une autre option existe. Une option très prometteuse et tout aussi, voire bien plus susceptible de gâcher la jeunesse que l'avalage compulsif de séries : le jeu vidéo. Et je ne dis pas ça à cause des très élégants outils de réalité virtuelle qui vont petit à petit rentrer dans nos salons. En termes d'immersion, hier, aujourd'hui et de plus en plus demain, le jeu vidéo est le seul support qui permet techniquement à son consommateur de participer à l'animation d'une vie/d'un univers différent du sien, de s'y balader et d'intéragir avec ce qui l'entoure au lieu de se contenter de rester assis et d'observer dans l'ordre qu'on lui présente.

L'immersion fonctionne même dans le cas où tout rappelle que l'univers en question est fictif. Si on a eu le bonheur d'être né avec des mains, il n'y a que le jeu vidéo qui donne l'occasion au joueur de se promener un jour dans le royaume d'Hyrule et d'y jeter des poules. Ou, pour utiliser un exemple un peu plus significatif car actualisé, disons qu'il est aujourd'hui techniquement possible de faire un tour dans un monde étranger dont les paysages et environnements parviennent à ravir, où l'on peut directement parler aux habitants (on peut pas parler d'absolument tout ce qu'on veut, mais quand même), où l'on peut s'arrêter lire un livre, un journal, une affiche propres à l'univers dépeint, et au final y croire. Si vous êtes venu au monde privé de la faculté à faire fonctionner votre imagination, le jeu vidéo pourra vous aider.

1409869201827

Et ce n'est pas tout ; en plus de recréer un autre monde dans lequel on peut s'ébattre et poutrer, certains jeux ne se contentent pas de la linéarité d'une quête principale. Ils permettent de faire évoluer la destinée de son avatar dans l'univers, laquelle a d'ailleurs souvent un impact sur le destin de l'univers en question. Comme dans le cas des séries, on passe des heures devant un écran, certes. Mais on est actif, on est immergé dans un autre part d'abord et surtout parce qu'on est en situation d'interaction avec cet autre part.

Même si la liberté d'agir n'est bien évidemment pas totale voire dans certains cas cosmétique et superficielle, elle est toujours plus tangible que lorsqu'on ne fait qu'observer. C'est aussi pour ça que tant de gens sont déjà tombés amoureux d'univers somptueux et délicieux de cohérence déployés à l'aide de la technologie vidéoludique. Je pense que le jeu vidéo sera de plus en plus un support de choix, au sens où hormis l'esthétique cinématographique, il permet déjà aujourd'hui tout ce que propose la série question facteurs d'immersion (longueur, décors, protagonistes, évènements, costumes), mais en mieux ; on peut bouger soi-même dedans, on fait avancer soi-même l'histoire (parfois au prix de réels efforts), on choisit soi-même le degré de détail qui nous intéresse en passant ou non du temps complémentaire à fouiner là où on veut, dans la direction de l'intrigue qui nous intéresse. Pour croire à la réalité d'un univers, il est bien plus puissant de s'arrêter où on veut que simplement suivre des acteurs qui portent des costumes, même crédibles.

1412574767788

Encore quelques années complémentaires et quelques chefs-d'oeuvres pour achever d'en faire un art disponible au grand public, et le jeu vidéo proposera enfin une nouvelle solution pour passer des dizaines d'heures déconnecté du monde sans avoir à forcément regarder friends. Ca sera beau et ça sera dangereux de prendre part à des sagas-monuments interactives, de s'engouffrer dans des trames écrites à une centaine de mains, et de découvrir soi-même des univers gorgé d'informations propices à alimenter le rêve, la compréhension de certains mécanismes du monde et de la psyché humaine, ou tout à la fois. On atteindra très certainement un jour le niveau de qualité, de richesse et d'élégance atteint par les livres et films légendairement renversants, ce n'est qu'une question de temps.

 

APRES TOUT, DEHORS IL FAIT QUAND MÊME PLUTÔT MOCHE

4366629_6_e71e_26-fevrier-2013-djibouti-des-migrants_c22fa850a1d56ff421f12c2ca2902bda

En attendant ces progrès à venir dans l'art de divertir l'habitant du canapé du XXIème siècle, la déjà très actuelle abondance de randonnées possibles figurant au répertoire des séries et par extension des films et jeux vidéos nous promet de nouveaux arguments pour choisir de se transformer volontairement en esclave troglodyte. Dans un monde où chacun n'a d'autre choix que de faire son beurre, les vendeurs d'images se réjouissent qu'il soit de plus en plus acceptable socialement de passer sa vie à contempler des beaux et amusants spectacles plutôt que de regarder le trop triste monde et de risquer d'y faire de la merde ou de forcément faire chier au moins quelqu'un.

 

1418244573194

Rester devant l'écran non-interactif concourt à ce qu'il ne nous arrive jamais rien de mal dans la vie, et donc par extension qu'il ne nous arrive jamais rien. Il est bien plus confortable de regarder sans risque des héros qui se débattent dans leur monde que d'avoir soi-même à se débattre en quantités supplémentaire au déjà suffisant quota de débattage quotidien (et le pire c'est de se débattre en cherchant trop longtemps quoi regarder ou quoi faire). Il y a de la créativité partout, même dans les trucs pourtant strictement conçus pour qu'on ait envie de connaître la suite. La prommesse d'une consommation culturelle illimitée est un des opiums gratuits ou abordables des plus raffinés. Et comme il y en a pour tous les goûts et assurément plus que ce qu'il est possible d'effectivement consommer dans l'espace d'une vie (même oisive), les gens qui cherchent à fuir le terrible sentiment d'absence de progression de leur vie et du monde trouveront dans le flux des épisodes toute la progression qui leur manque.

 

Contrail

 

Depuis que des millions d'internautes sont devenus hystériques en découvrant sur internet la pourtant très peu crédible vérité sur les traînées blanches laissées par les avions dans le ciel, il apparaît clair que les illuminatis ont laissé tomber cette piste pour finalement opter pour cette bien moins voyante modalité d'asservissement de l'homme moderne. On préfère surveiller des trames errantes que surveiller les errances de ceux à qui on délègue la gestion du monde. Si on passe son temps à se demander c'est quoi la suite et à se demander c'est quand qu'on va la voir, les questions du genre "bon je fous quoi ce soir ?" "et pourquoi ?" n'ont que trop rarement l'espace nécessaire pour faire surface. Et ça n'a rien de spécialement nouveau. Depuis que le marché doit répondre non plus seulement à la demande de bouffe et de chauffage mais aussi à la demande de divertissement, l'esprit fatigué a toujours trouvé de quoi s'affaler tous les soirs devant sa télé dans l'attente du lendemain.

 

CHOISIR SON ASSERVISSEMENT

giant-douche

 

Ce qui a changé, c'est que ceux qui à une époque ne se satisfaisaient pas du peu d'options et de la moindre qualité de ce qui passe à la télé peuvent enfin trouver chaussure à leur pied. Avant, la seule alternative à éteindre l'écran et faire autre chose, c'était changer de chaîne, alors que maintenant on va laisser l'écran allumé et on finira par trouver quoi regarder ou quoi faire. Et si le format télé renforçait l'envie de connaître la suite en espacant la diffusion des épisodes, le format streaming/DVD légalise la boulimie. 

john-holcraft-122

La vie sur écran permet de profiter de tout un lot d'innovations. Certaines d'entre elles sont effectivement libératrices de temps, mais utiliser toutes ces innovations numériques s'avère au final extrêmement chronophage, et en définitive potentiellement aliénant ; la propagation de l'isolement et de la passivité en dehors de sa bulle n'est donc bien évidemment pas l'effet des seules méchantes séries. Je suis juste quelqu'un d'inquiet de constater que l'histoire des mises en application de la théorie économique va progressivement dans le sens d'une reconquête de l'emploi du temps par l'activité professionnelle. Et que ça m'attristerait que cette déjà faible marge de précieux temps qui devrait théoriquement permettre d'investir le monde de sa présence soit dans les faits excessivement consacrée à la boulimie d'images. J'ai déjà vu des révolutionnaires renoncer à leurs ambitions de grand soir pour pouvoir terminer leur saison. J'ai peur de la résignation massive des spectateurs, de leur abdication sans limites à l'écran, en particulier si on ne leur a jamais appris qu'il était crucial que quand on a envie de regarder quelque chose, il faut choisir et donc possiblement chercher. J'ai aussi peur que se généralise l'opinion actuellement en cours de propagation que plus le monde paraît pourrit et fait peur, et plus on a besoin de se divertir et donc de se plonger dans d'autres mondes. Parce que si c'est le cas, alors on est clairement mal barrés.

 

1412036341413

 

Je ne pense pas que ces peurs soient justifiées, du moins pas encore. Les bouffeurs de séries invétérés sont généralement conscients de l'engagement que représente le visionnage (ou le revisionnage) d'une nouvelle série. Et s'ils n'en sont pas encore conscients, ils s'en rendront eux-mêmes compte au bout d'un moment. L'accès à des millions de produits culturels demande une certaine éducation des consommateurs pour qu'ils sachent en tirer un maximum d'intérêt. La publicité, le problème de l'accès et la propension de notre espèce à se singer font que dans tous les domaines, le consommateur n'est pas, contrairement à ce qu'on prétend, libre de consommer ce qu'il veut ; il se fait suggérer plus ou moins fort certaines options au détriment d'autres.

Dès les premiers pas sur le marché du visionnable, il faut être conscient que perdre son précieux temps de jeunesse juste parce qu'on nous a suggéré qu'il fallait connaître cette série serait quelque chose de vachement dommage. Dès le début, il faut se montrer curieux mais exigeant, être actif dans ses choix, aller plus loin que juste chercher à ne pas se faire chier. Dès qu'une activité prend du temps, il importe de se demander ce que cette activité nous apporte, savoir distinguer avant qu'il ne soit trop tard si on s'apprête à lancer l'épisode suivant parce qu'on en tire vraiment du plaisir ou parce que c'est la solution la plus simple qui s'offre à nous. La liberté réelle de choisir en toute connaissance de cause comment faire usage de son temps libre sans subir de jugements superflus est aussi essentielle que la liberté de penser.

459392-they-live

Il existe une millénaire méfiance des Anciens pour le monde des images et donc forcément pour l'écran. Vous savez, l'incompréhension de celui d'ailleurs souvent vieux qui ne s'est pas encore fait à l'idée que ce n'était pas un péché de passer sa vie devant des écrans, même si ça donne l'impression à l'observateur extérieur que l'utilisateur d'écran est vraisemblablement une grosse loque. Dans son ignorance, Platon n'aurait lui non plus pas été enchanté de constater que la population s'était transformée en un tas de boue avec des yeux à moitié ouverts. Lui-même extérieur à ce style de vie, il lui aura sans doute échappé que passer par un écran est aujourd'hui souvent indispensable pour agir sur le monde.

Oui, agir, même si on paraît passif. Pas mal de gens ont appris à faire autre chose en regardant une série, de la même manière qu'il est rare aujourd'hui d'écouter de la musique sans faire quelque chose en même temps. La méfiance de l'activité d'écran par les générations pécédentes fait qu'on parle encore de cyberdépendance ou d'accrocs au smartphone en supposant une certaine zombie attitude qui aurait pour conséquence de rendre inenvisageable toute idée de mise en place d'un revenu universel de base (car ces petits connards de sales jeunes préfèreront toujours faire leurs larves devant une série que sortir gagner des millions de dollars ou aider leur prochain, c'est connu). Alors que l'usage permanent de l'écran interactif, même pour y voir régulièrement des séries, signifie au contraire qu'on fait plein de trucs et qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer. Ca peut tout à fait être des trucs stériles, mais tant qu'on a le sentiment de les avoir fait, tout va bien.

 

TERMINE TA SAISON, LEVE-TOI, ET MARCHE

zuckerberg_VR_people

Si on estime que son temps de passage sur terre a une quelconque valeur et même un intérêt, alors il faut assumer ses choix et savoir distinguer les processus utilisés qui font que si on continue à pratiquer une activité chronophage, ce n'est pas par habitude ou à cause des mécanismes addictogènes volontairement insérés comme les cigarettiers mettent du sucre dans le tabac, mais bien parce qu'on regarde des choses qui nous parlent et nous apportent -même indirectement- quelque chose de perceptible qui devrait s'accompagner de plaisir et du sentiment que cela est bon (et non juste le sentiment que ça c'est fait). Les séries, surtout les bonnes, n'ont aucune raison de transformer leurs spectateurs en gluantes créatures apathiques et molles. Après quelques tests, j'en conclus qu'une série sera toujours moins instructive et subversive que son équivalent en temps passé à regarder des bons films et documentaires. J'en conclus aussi qu'elle apportera certainement autant, voire plus de plaisir qu'un bon film lambda.

2048x1536-fit_cosaques-passent-devant-buste-vladimir-poutine-empereur-romain-pres-saint-petersbourg-16-mai-2015

Perso je suis accro à une série depuis des années et dont j'ai un temps voulu me faire spécialiste. C'est une série dont la qualité est pourtant très inégale au sein même des épisodes, et qui est fourbement construite de façon à donner au spectateur envie de connaître la suite ; c'est le feuilleton de l'humanité, l'histoire contemporaine conjuguée au fil d'information continu auquel on a aujourd'hui accès. En gros, chez moi, pour un court plateau repas, le choix du bon JT passe avant toute autre option (pour quelque chose de plus ambitieux genre raclette, c'est le film).

Chacun ses centres d'intérêt, et l'un n'empêche absolument pas l'autre, mais je trouve que l'état et les nouvelles du monde relayés par les journalistes et autres analystes est tellement un invraisemblable et foisonnant bordel que ça vaut le coup de consacrer une part de son temps à le surveiller. Chaque jour qui passe, il se découvre des trucs totalement fous sur comment fonctionne la vie et l'univers, et il se passe des trucs porteurs de bien davantage de signification et d'impact réel que des clash d'animateurs télé ou la sortie du nouveau modèle de smartphone. Je le conçois, pour cette série, on a souvent droit à des spoilers qui généralement déçoivent quant aux spéculations sur la suite. Mais parfois les spoilers se trompent. Parce que oui, j'ai vérifié : après réexamen de la frise chronologique, il s'avère bel et bien que l'on vit un moment unique dans l'histoire des bipèdes modernes. On est dans une configuration jamais observée auparavant, beaucoup de choses s'accélèrent et d'autres ne fonctionnent plus. Le suspense est à son comble et la suite totalement incertaine: comment nos petits bonshommes vont-ils donc s'en sortir ?

 they-live-we-sleep

Bé on s'en tamponne. On veut d'abord savoir si Jon Snow est mort, et si non, savoir comment ça se fait. Et je le conçois tout à fait, d'ailleurs moi aussi ça me ferait chier de mourir sans savoir. Et puis, rêvasser en visualisant ses cheveux dans la neige est a priori plus agréable qu'accorder son attention à un monde incompréhensible qui n'a visiblement rien à foutre de vous et que l'on vous certifie inchangeable. Pourtant, contrairement à ce qu'on croit généralement, l'époque est propice au rêve et à l'imagination, parce qu'on est arrivés à un point critique qui fait que l'avenir sera forcément différent. Se dépayser l'esprit, s'immerger dans une situation "autre" avec des films et même des séries, et plus globalement le rêve, sont des pratiques très agréables non pas seulement parce qu'elles font de bons échappatoires, mais aussi parce que ça nous stimule la saine intuition qui dit qu'il est normal qu'il se passe des choses de façon à ce qu'elles aillent quelque part, qu'elles puisse être autres que ce qu'elles sont maintenant.

S'informer sur la substance et la marche du monde est très loin de garantir que l'on va effectivement agir dessus (d'abord parce que c'est aussi du divertissement), mais ça reste un premier pas, un vague début de sentiment d'être embarqué (de gré ou de force) dans la grande aventure collective... Ca peut parfois suffire à faire naître une intention.

En même temps, il faut reconnaître une fois encore qu'embrasser cette aventure sans revenir périodiquement se réfugier derrière son écran pour se réconforter derrière de très sympathiques images, loin du monde, ça relève de l'exploit. Les inéluctables coups dans la gueule portés chaque jour par nos doux semblables rappellent que la vie a beau être la meilleure série question "on veut connaître la suite" (on en est le principal protagoniste), faut reconnaître que rien qu'avec les autres c'est tellement un enfer qu'on regrette vite la facilité de se contenter de connaître les drames liés à la nature intrinsèquement paumée de l'être humain en tant que spectateur invisible. Ok, certes, mais si on parvient finalement à accrocher à l'intrigue et prendre goût à la vie pour de vrai, elle risque de devenir un défi au moins aussi intéressant que se lancer dans le visionnage de l'intégralité des épisodes de Doctor Who.

Doctor-Who-actors-004

 

1 avril 2016

Son avril 2016.

cover

 

DOWNLOAD

01 - [ Rock progressif ] Emerson Lake & Palmer - Take A Pebble

02 - [ Electronique] Portico Quartet - Spinner

03 - [ Post Rock Constellation] Esmerine - Funambule (Deus pas de Serein)

04 - [ Mongols russes ] Huun Huur Tu - Mountain Story

05 - [ Chansonnette ] George Baker - Una Paloma Blanca

06 - [ Electro ] AlgoRythmik - Everybody Gets Funky

07 - [ Truc métal ] Alamaailman vasarat - Delhin yöt

08 - [ Hardcore moderne ] As We Draw - Denial

09 -[ Hardcore moderne] Comity - Her Own King Theory (What The Fuck Is Miscommunication)

10 - [ Hardcore moderne] Idylls - A Wonderful Summer...

11 - [ Dreampop ] Death and Vanilla - Arcana

12 - [ Ethiojazz] Emahoy tsegue-mariam gebrou - the song of abayi

13 - [ Oldies ] The Three Suns - Worry Worry Worry

14 - [ Héros ] Takeo Ischi - New Bibi Hendl

15 - [ Electro ] Shlohmo - Apathy

16 - [ Folk/Expérimental ] Jesu-Sun Kil Moon - America's Most Wanted Mark Kozelek

 

 

 

 

 

 

29 mars 2016

Interlude.

PS : je prépare une nouvelle interface épurée et moche.
TBA

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>
rebut
Publicité
Publicité